Le magnificat de Mère Térésa de Calcutta perçu par Chiara Lubich

« Tu fais ce que je ne peux pas faire. Je fais ce que tu ne peux pas faire »1, ce sont les mots de salutation habituels de Mère Térésa de Calcutta à Chiara Lubich chaque fois qu’elle la rencontrait, et les occasions ont été nombreuses. Paroles qui racontent la « simple complexité » de leur amitié, « grande, intime, profonde » dira Chiara. Voilà comment elle décrit leur rencontre de la fin mars 1997, dans une cellule du couvent des Missionnaires de la Charité d’un pauvre bâtiment du Bronx, à New York. “J’ai eu un long échange inoubliable en tête à tête avec elle. Elle était alitée avec de fortes douleurs au dos, dans un milieu pauvre (…). La rencontre était exceptionnelle vue son état de santé précaire. Privé, joyeux. (…) Puis elle commença à parler et à parler. C’était la fondatrice d’une Œuvre de Dieu qui parlait à une autre, bien plus indigne, et elle pouvait lui communiquer les fruits de toute sa vie : maisons de vie contemplative et active, diffusion en 120 pays, projets bloqués par les gouvernements (…) Elle parlait du quatrième vœu qui prévoit de servir de tout son cœur les plus pauvres des pauvres, des moribonds accompagnés au paradis (…). C’était son magnificat. Les quelques minutes que son médecin lui avaient accordées se sont allongées à vingt. Dommage qu’on n’ait pas pu faire la photo de la Vie qu’il y avait dans cette chambre, de cette rencontre qui avait goût de paradis. Puis nous nous sommes laissées, après nous être embrassées. Je n’oublierai jamais ce visage et cette joie (…). Je suis contente de l’avoir connue et de l’avoir autant approchée. J’ai commencé à prier non pas tellement pour elle, mais elle pour nous tous ».2

Elle ajoutait au cours d’une autre intervention : « Elle a réalisé ce que le pape (Jean Paul II) définissait le génie féminin, qui se caractérise justement par ce que Marie avait de spécifique. Elle n’était pas investie d’un ministère, mais (…) elle était investie de l’amour, de la charité, qui est le plus grand don, le plus grand qui vienne du ciel »3.

Dans une conférence téléphonique avec les membres des Focolari dans le monde le 25 septembre 1997, Chiara Lubich disait d’elle : « Mère Térésa est (…) un maître admirable de l’art d’aimer. Elle aimait vraiment tout le monde. Elle ne demandait pas à son prochain s’il était catholique ou indou ou musulman etc. (…) Incontestablement Mère Teresa aimait en premier. C’était elle qui allait à la recherche de ceux pour lesquels Dieu l’avait envoyée. Mère Térésa voyait, comme peut-être aucun autre, Jésus en chacun : « c’est à moi que tu l’as fait » était justement sa devise. Mère Térésa se faisait un avec tous. Elle s’est faite pauvre avec les pauvres, mais surtout comme les pauvres. Et c’est là que se trouve la différence avec la simple assistante sociale (…) ou avec qui s’est prodigué dans le volontariat. Elle n’acceptait rien que les pauvres ne puissent avoir eux aussi. Par exemple cet épisode est bien connu lorsqu’elle et ses sœurs renoncèrent à une simple machine à laver, que beaucoup n’ont pas compris